La porte entre deux phrases : un calligramme à essayer
Avant de suivre les mots, regardez le vide entre eux. Dans ce petit poème, il reste juste assez de place pour passer.
Le même poème, en lignes ordinaires
L’invitation, au-dessus du passage : « Tu peux entrer. »
Du côté de la clé, à gauche : « J’avais gardé ta clé au fond de ma poche. »
Du côté de la tasse, à droite : « J’avais gardé ta tasse au fond du placard. »
La fin, dans le passage : « On a fait du thé. »
Ce que la porte laisse ouvert
Qui revient ? Depuis combien de temps ? Le poème ne le dit pas. Une clé a continué de voyager dans une poche ; une tasse est restée dans un placard. Les deux voix ont gardé quelque chose de l’autre.
Notre choix de composition est simple : les deux souvenirs restent séparés sur les côtés, puis « on » les réunit dans le passage. Aucun trait ne ferme le bas de la porte. Vous pouvez y voir des retrouvailles heureuses, timides, ou encore incertaines.
Essayez une autre lecture : commencez par la tasse, passez à la clé, puis lisez l’invitation. La même fin vous fait-elle le même effet ? Il n’y a pas de réponse attendue.
Un calligramme, c’est aussi du sens dans l’espace
Dans un calligramme, la disposition des mots forme une image liée au texte. Ici, le blanc n’est pas seulement une marge : nous en faisons le passage entre deux voix. La forme propose une façon de lire, sans supprimer les autres.
Guillaume Apollinaire a publié le recueil Calligrammes en 1918. Le poème de cette page est une création de Coru : il ne reproduit ni un de ses textes ni une de ses compositions.
À vous : deux objets, un passage
Prenez une feuille et un crayon. Vous pouvez essayer cette contrainte en cinq minutes, puis continuer aussi longtemps que vous voulez.
- Choisissez deux objets qui pourraient se répondre : une chaussure et un paillasson, un billet et une valise, une graine et un pot.
- Écrivez une phrase pour chaque côté de la porte. Donnez à chaque objet un détail concret : où il est resté, ce qu’il attend, ce qui lui manque.
- Placez une courte invitation en haut. Répartissez vos deux phrases sur les côtés, avec des mots assez grands pour être lus sans tourner la feuille.
- Laissez du blanc au milieu. Ajoutez-y une dernière phrase qui rapproche les deux côtés, ou qui change ce que l’on croyait comprendre.
- Recopiez enfin tout le texte en lignes ordinaires. Relisez les deux versions : qu’est-ce que l’emplacement des mots ajoute ? Si rien ne change, essayez de déplacer une phrase ou d’agrandir le passage.
Une petite expérience à deux
Montrez d’abord votre dessin sans expliquer l’histoire. Demandez simplement : « Par où as-tu commencé ? » Puis donnez la version en lignes ordinaires. Comparez les chemins de lecture, sans corriger l’émotion de l’autre.
Pour partager votre calligramme, accompagnez l’image du texte complet et d’une phrase décrivant sa disposition. Quelqu’un pourra ainsi lire votre poème même sans voir le dessin.